À la fin des années 1950 et au début des années 1960, le sport féminin au Canada restait confiné aux structures universitaires et aux compétitions locales. Les clubs féminins hors campus n’avaient que peu de visibilité, et les championnats nationaux étaient sporadiques, souvent organisés à la hâte par des fédérations régionales. Le volleyball, sport en plein essor grâce à sa simplicité et à son accessibilité, séduisait pourtant de plus en plus de jeunes femmes. Mais faute de cadre structuré, beaucoup abandonnaient après leurs études, sans perspective de carrière sportive.
C’est dans ce contexte qu’un groupe d’hommes d’affaires visionnaires, inspirés par le modèle italien qui associait des grandes entreprises à des équipes féminines professionnelles, décida de créer une ligue nationale. L’idée était simple mais révolutionnaire pour l’Amérique du Nord : donner aux joueuses un environnement semi-professionnel, financé par le sponsoring d’entreprises, et offrir au public un championnat régulier et compétitif.
En 1966, les premières réunions eurent lieu à Toronto et à Winnipeg, rassemblant des représentants du monde des affaires, des journalistes sportifs et des universitaires. On voulait prouver que le sport féminin pouvait avoir une légitimité médiatique et économique. Deux ans plus tard, en 1968, la Canadian Women’s Volleyball League (CWVL) était officiellement fondée, avec douze franchises réparties d’est en ouest.
Les fondateurs mirent en avant une ligne directrice : les équipes porteraient les noms de leurs sponsors, afin d’assurer une stabilité financière durable. Une pratique choquante pour certains puristes nord-américains, mais qui garantissait des moyens supérieurs à ce que les fédérations traditionnelles pouvaient offrir.
Dès sa première saison, la CWVL connut un engouement inattendu. Les matchs disputés dans des gymnases universitaires ou municipaux remplissaient les gradins, et les journaux consacraient enfin des colonnes entières aux performances de ces joueuses. Les Sweet Lager de Vancouver, les Imperial Oil de Calgary ou encore les Dominion Bank de Toronto devinrent des noms connus du grand public.
Le président inaugural, Harold C. Whitmore, insistait sur la vocation pionnière de la ligue : « Nous ne construisons pas seulement un championnat, nous ouvrons la voie à toutes les jeunes Canadiennes qui veulent croire qu’il existe une place pour elles dans le sport au-delà de l’université. »
Ainsi, la CWVL naquit comme un pari audacieux : celui de hisser le sport féminin à un rang équivalent à celui des hommes, au moins dans le domaine du volleyball.